Le Conseil Général du Rhône finance l'hébergement des résidents (2/3 du prix de journée) et la DASS finance les soins (un tiers).
Au regard du bon sens et au regard des professionnels, l'accompagnement des résidents à l'Echappée est pertinent.
365 jours sur 365, l'établissement offre une vie en petits groupes de 7 personnes, dont la moitié dans des maisons indépendantes.
Autonomie, intégration dans des villages, mouvement ou lutte contre l'immobilité, apprentissage de la séparation, équipes pluridisciplinaires et réflexion collective sont les atouts élaborés à l'Echappée.
Le secteur médico-social évite pour de nombreuses personnes handicapées une vie en milieu hospitalier coûteuse et la plupart du temps, inutile. Encore faut-il que les moyens soient suffisants pour générer des projets dignes de notre époque et de notre pays.
Pourtant depuis 15 ans, l'Echappée se heurte à l'unique attente des financeurs : réduction des coûts.
Les familles des résidents et les professionnels, confrontés au quotidien au mystère de l'autisme, doivent également affronter un mur d'incompréhension de la part de la Sauvegarde. Les financeurs font pression sur cette association dont les bénévoles souvent très âgés sont pétrifiés par la perspective d'un déficit budgétaire.
Aujourd'hui, il est demandé aux salariés d'accueillir 5 groupes de 8 personnes sur deux sites différents, ce qui signifie disparition de deux résidents et fermeture de 3 maisons hébergeant chacune 7 résidents.
En terme de respect des personnes et de projet individualisé, l'Echappée a été précurseur : aujourd'hui, alors que la loi 2002 commence à s'imposer, l'établissement doit-il faire marche arrière? Doit-il organiser un savant repli...autistique ? Quelle ironie !
8 résidents au lieu de 7 par groupe, c'est franchir une barrière impossible au niveau de la quantité de travail auprès de ces personnes : leur accompagnement mental et matériel est de tous les instants. Le seul moyen d'appliquer cet anti-projet serait de cloisonner les tâches et d'établir une sorte de travail à la chaîne. Il nous faudrait des résidents objets. Or, nous avons depuis le début de l'Echappée la prétention de les reconnaître comme sujets.
Un retour en arrière dramatique est en jeu : les financeurs, en échange de cette mise au pas éducative, proposent de construire des pavillons confortables respectant les normes. Certes, des locaux neufs sont indispensables à Condrieu. Chaque résident aura un chambre de 25 m2 avec un cabinet de toilette (dont aucun ou presque ne saura faire usage). Mais pourquoi ces locaux neufs doivent-ils être concentrés, alors que les maisons indépendantes étaient une avancée? La vie ne s'accommode pas de prisons, même dorées.
Les personnes souffrant de handicap et les citoyens ordinaires ont besoin les uns des autres, ils ont besoin de se rencontrer, même si le premier contact est contraignant pour chacun. Le « projet de confinement » rédigé par nos financeurs va mettre à mal cet effort de rapprochement. C'est une trahison pour les résidents de l'Echappée.

